Bourse/Finance
ETF : le marché européen rebondit en avril avec 35,5 milliards d'euros collectés
Quatrième meilleure collecte mensuelle de l'histoire du marché européen des ETF UCITS : avec 35,5 milliards d'euros de souscriptions nettes en avril, le segment efface la mollesse de mars (10 milliards). Les actions captent les trois quarts des flux, portées par l'apaisement géopolitique entre Washington et Téhéran. Sur l'obligataire, les investisseurs basculent vers les expositions toutes maturités.
Le 21 avril, l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran provoque un soulagement immédiat sur les marchés. À Wall Street, le S&P 500 rebondit en quelques séances. À Francfort, à Paris, à Londres, les gestions institutionnelles réactivent leurs allocations actions. À la fin du mois, le marché européen des ETF UCITS aura enregistré 35,5 milliards d'euros de souscriptions nettes, son quatrième meilleur résultat mensuel jamais observé. La progression est de 36 % par rapport à avril 2025, et plus de trois fois supérieure aux 10 milliards collectés en mars.
Les chiffres publiés par Amundi ETF, qui s'appuient sur les données Bloomberg du marché primaire européen, traduisent un changement net du climat de marché. Après une correction marquée en mars, les investisseurs reprennent goût au risque, sans pour autant se précipiter sur une exposition directionnelle franche. La diversification reste le principe organisateur des allocations, autant pour les institutionnels que pour les fonds qui répliquent leurs stratégies.
ACWI, S&P 500, Nasdaq : la diversification reste le mot d'ordre
Les actions concentrent l'essentiel des flux, avec environ 75 % de la collecte nette du mois. Premier réflexe des gérants : l'ACWI, ou All Country World Index, qui agrège marchés développés et émergents en une exposition mondiale unique. Les stratégies ACWI captent à elles seules 11,1 milliards d'euros sur le mois. Les expositions monde restreintes aux pays développés totalisent 6,8 milliards supplémentaires, et les actions américaines 5,8 milliards, après une décollecte en mars. Le mouvement profite particulièrement aux grandes capitalisations et aux valeurs de croissance, à travers les stratégies S&P 500 et Nasdaq.
Dans le même temps, les stratégies équipondérées, qui surpondèrent les valeurs moyennes au détriment des géants, se vident. Les investisseurs reviennent vers les méga-capitalisations, considérées comme plus liquides et plus résilientes en cas de retour de la volatilité. La saison des résultats trimestriels, plutôt favorable aux grands groupes technologiques américains, alimente ce mouvement de concentration.
Les marchés émergents profitent eux aussi du retour à l'appétit pour le risque, avec une collecte nette de 3 milliards d'euros. L'Asie émergente tire le segment, et plus particulièrement la Corée du Sud, où la demande pour les technologies d'intelligence artificielle et les semi-conducteurs soutient les flux. L'Amérique latine bénéficie quant à elle des stratégies exposées aux matières premières, dans un contexte de tensions persistantes sur l'énergie et les métaux industriels.
Énergies alternatives, IA, défense : les thématiques de la nouvelle géopolitique
L'analyse sectorielle confirme le retour en grâce de la tech. Les ETF dédiés à l'IT enregistrent 2,2 milliards d'euros de collecte nette, après une légère décollecte en mars. C'est sur les expositions thématiques que se lit le plus clairement la lecture géopolitique du mois. Le blocage du détroit d'Ormuz, intervenu pendant les hostilités, et ses répercussions sur le marché pétrolier ont conduit les investisseurs à se positionner massivement sur les énergies alternatives : solaire, éolien, hydrogène et nucléaire totalisent 506 millions d'euros de souscriptions, plus forte collecte thématique du mois. La défense suit avec 496 millions d'euros, soit environ la moitié de sa collecte de mars, dans un mouvement de prises de bénéfices après un trimestre record.
Sur l'obligataire, qui capte 8,6 milliards d'euros au total, la dynamique évolue. La dette souveraine attire 4,7 milliards, en forte progression par rapport au 1,3 milliard de mars, tandis que le monétaire se vide à 507 millions contre 2,5 milliards le mois précédent. La rotation est nette : les investisseurs sortent du cash pour aller chercher du rendement plus loin sur la courbe.
La granularité de cette rotation est révélatrice. Sur les obligations souveraines en euros, près d'un tiers des flux se concentre sur les expositions « toutes maturités », pour 1,6 milliard d'euros, sans préférence marquée pour une partie spécifique de la courbe. Sur les bons du Trésor américain, la dispersion est plus large : 476 millions sur l'ultra-court terme, 458 millions sur les maturités intermédiaires, plus de 500 millions sur le segment « toutes maturités ».
La lecture qu'en tire Amundi est claire : les investisseurs n'anticipent pas de baisse de taux de la BCE à court terme, mais restent prudents sur la trajectoire américaine, dans un contexte où Kevin Warsh devrait prendre la tête de la Réserve fédérale dans l'année. Les stratégies indexées sur l'inflation continuent par ailleurs d'attirer 402 millions d'euros, principalement en Europe. L'ESG enfin enregistre une collecte de 4,8 milliards d'euros, trois fois supérieure à celle de mars, portée par les stratégies ESG ACWI (3,6 milliards) et confirmant que la dimension extra-financière n'est pas effacée par le retour de la prime de risque géopolitique.

