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Capital-investissement : l'assurance vie devient le principal canal d'accès au non-coté
Les souscriptions de capital-investissement via l'assurance vie ont bondi de 25 % en 2025, à 2,6 milliards d'euros, selon France Invest. Le non-coté s'installe durablement dans le placement préféré des Français, ouvrant un débat sur les opportunités et les précautions.
Le capital-investissement quitte progressivement le territoire des seuls institutionnels et des grandes fortunes. Selon les chiffres publiés par l'association professionnelle France Invest, les épargnants particuliers ont engagé 3,1 milliards d'euros dans cette classe d'actifs en 2025, en hausse de 8 % sur un an. Plus significatif encore, les souscriptions réalisées via un contrat d'assurance vie ont progressé de 25 %, à 2,6 milliards d'euros. Pour la première fois, l'enveloppe préférée des Français s'impose comme le principal canal d'accès au non-coté pour les particuliers.
Une démocratisation portée par l'assurance vie
Au total, France Invest recense 14,5 milliards d'euros gérés à fin 2025 par les particuliers en capital-investissement, dont 11,8 milliards d'euros logés dans des contrats d'assurance vie. L'association résume la dynamique en une phrase : le non-coté s'installe dans le principal support d'épargne de long terme des Français. Cette intégration n'est pas le fruit du hasard. Elle est la conséquence directe de la loi Pacte de 2019, qui a imposé aux assureurs de référencer des unités de compte donnant accès aux entreprises non cotées et aux infrastructures, puis de la loi Industrie verte de 2024, qui a étendu cette obligation.
Le périmètre couvre des réalités variées. Le capital-investissement au sens strict finance des entreprises non cotées en Bourse, du capital-risque pour les jeunes pousses au capital-transmission pour les sociétés matures. Mais l'enveloppe inclut aussi le financement d'infrastructures et la dette privée — des crédits accordés en dehors du circuit bancaire classique. Cette dernière classe d'actifs, en pleine expansion, suscite d'ailleurs des inquiétudes croissantes outre-Atlantique, où les régulateurs s'interrogent sur les risques systémiques liés à son opacité relative et à son interconnexion avec le système bancaire traditionnel.
Atouts et précautions pour l'épargnant
Pour un épargnant accompagné par un conseiller en gestion de patrimoine, le non-coté présente plusieurs attraits. Il offre une diversification face aux marchés cotés, une espérance de rendement historiquement supérieure sur longue période, et une exposition à l'économie réelle qui parle à de nombreux investisseurs. La fiscalité de l'assurance vie — abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule (9 200 euros pour un couple) après huit ans, régime successoral spécifique — peut amplifier ces avantages. Certains fonds bénéficient en outre d'un cadre fiscal propre, avec exonération d'impôt sur les plus-values sous conditions de durée de détention pour les FCPR fiscaux.
Les précautions sont à la hauteur des promesses. Le non-coté reste une classe d'actifs illiquide : les capitaux y sont immobilisés sur cinq, huit, parfois dix ans. La valorisation des participations est trimestrielle, les frais souvent supérieurs à ceux des fonds classiques, et la sélection des sociétés de gestion est déterminante — les écarts de performance entre les meilleurs et les moins bons gérants sont massifs, bien plus marqués que sur les marchés cotés. La part de non-coté dans une allocation patrimoniale se calibre en fonction de l'horizon, de la capacité à supporter une moindre liquidité et de la diversification déjà existante.
Une règle prudente, fréquemment retenue par les conseillers en gestion de patrimoine, consiste à ne pas dépasser 10 à 20 % de l'allocation financière selon le profil de l'investisseur, et à diversifier sur plusieurs millésimes pour lisser le risque de point d'entrée. La nouvelle génération d'unités de compte semi-liquides, dites « evergreen », offre désormais une fenêtre de rachat trimestrielle, ce qui facilite l'intégration du non-coté dans une assurance vie sans verrouiller intégralement les capitaux. Mais cette liquidité reste relative : en période de tension de marché, les rachats peuvent être suspendus, comme l'a rappelé l'épisode de l'immobilier non coté en 2023-2024.
Cette dynamique s'inscrit par ailleurs dans une assurance vie qui a connu une année 2025 record, avec 192,1 milliards d'euros de versements et une collecte nette de 50,6 milliards, du jamais-vu depuis 2010. Le non-coté en capte une part croissante mais reste minoritaire à l'échelle des encours globaux. La démocratisation est réelle mais progressive, et elle ne dispense pas l'épargnant d'une exigence de sélection que l'assurance vie en architecture ouverte facilite — à condition d'être bien accompagné.
Source : France Invest, étude sur les souscriptions des particuliers en capital-investissement, avril 2026 ; France Assureurs, statistiques 2025.

